Aller au contenu

Déguster un vin : regarder, sentir, goûter, comparer

Dégustateur qui sent un verre de vin rouge avant de le goûter

La dégustation du vin est l'art de lire un vin avec ses sens : la couleur d'un rouge ou d'un blanc dans le verre, chaque arôme au premier puis au deuxième nez, l'alcool, l'acidité et les tanins en bouche. Elle s'apprend bouteille après bouteille, en comparant les vins, crachoir à portée de main.

Pour une première séance, trois repères : un verre à pied rempli au tiers, des vins servis du plus léger au plus structuré, une note écrite pour chaque bouteille, de la couleur au dernier arôme perçu. Le reste vient avec l'habitude, en goûtant côte à côte deux vins de couleur ou de région différente.

Que cherche-t-on à apprécier dans un verre de vin ?

Déguster un vin consiste à décrire ce que l'œil, le nez et la bouche perçoivent, couleur, arômes, saveurs, puis à juger sa qualité et son style : le vin est-il net, équilibré, à son apogée ou encore jeune ? L'Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) parle d'analyse sensorielle et consacre un document de méthode, publié en mars 2016, à ses conditions de réalisation : salle calme, lumière neutre, verres normalisés, dégustateurs reposés. Les jurys de concours et les commissions d'agrément des appellations travaillent ainsi ; l'amateur reprend la démarche en plus simple, chez lui ou chez un caviste.

Chaque dégustateur a son propre seuil de perception, la concentration à partir de laquelle une odeur ou une saveur devient détectable. Ce seuil varie d'une personne à l'autre et d'une molécule à l'autre : certains repèrent tout de suite une note de bouchon, d'autres ne la sentent qu'à forte dose. L'entraînement ne change pas l'odorat, mais il apprend à nommer ce qui est perçu, et nommer une odeur aide à la reconnaître la fois suivante. D'où l'intérêt de déguster souvent, en comparant, et de garder une trace écrite de chaque vin.

L'œil, le nez, la bouche : trois temps dans l'ordre

La méthode enseignée par l'École des vins de Bourgogne et par l'École du vin de Bordeaux suit toujours le même ordre, du plus simple au plus fragile. Chaque étape prépare la suivante, et sauter le coup d'œil ou le premier nez fait perdre des indices que la bouche ne rattrape pas. Le détail figure dans l'œil, le nez et la bouche, geste par geste.

L'examen visuel : couleur, limpidité et larmes

L'examen visuel se fait verre incliné au-dessus d'un fond blanc, nappe ou feuille de papier, sous une lumière naturelle ou neutre. L'aspect visuel renseigne sur la limpidité (un vin trouble peut signaler un défaut, ou simplement un vin non filtré), sur l'intensité de la couleur et sur sa teinte. Un vin rouge jeune tire vers le violet, puis vire au grenat et au tuilé avec l'âge ; un vin blanc part du jaune pâle aux reflets verts et s'oriente vers l'or, puis l'ambre. Les larmes qui coulent sur la paroi dépendent de la teneur en alcool et en sucre, pas de la qualité du vin. De fines bulles collées au verre trahissent du gaz carbonique, fréquent dans les vins jeunes mis en bouteille tôt.

L'examen olfactif : premier nez, deuxième nez

Le premier nez se prend verre immobile : il capte les arômes les plus volatils et révèle d'éventuels défauts (bouchon, vinaigre, réduction). Le deuxième nez vient une fois qu'on a fait tourner le vin quelques secondes ; l'aération libère des molécules plus lourdes et l'intensité augmente. L'analyse olfactive classe ensuite ce qui est senti en familles : fruits, fleurs, végétal, épices, boisé, notes animales ou minérales.

Les dégustateurs distinguent aussi les arômes primaires, venus du raisin, les secondaires, nés de la fermentation, et les tertiaires, apparus pendant l'élevage et le vieillissement, que l'on regroupe sous le nom de bouquet. Un vin qui ne sent presque rien est dit fermé : quelques minutes dans le verre ou un passage en carafe de décantation suffisent souvent à l'ouvrir.

L'examen gustatif : attaque, milieu de bouche, finale

L'examen gustatif commence par une petite gorgée, gardée quelques secondes en aspirant un filet d'air entre les lèvres : l'air réchauffe le vin en bouche et fait remonter les arômes vers le nez par l'arrière du palais, la voie rétronasale. L'attaque donne la première impression, souple ou vive ; le milieu de bouche montre la structure du vin, c'est-à-dire l'équilibre entre l'acidité, l'alcool, le sucre et, pour les rouges, les tanins.

La sensation acide fait saliver, les tanins assèchent les gencives : c'est une sensation tactile plus qu'une saveur. Vient enfin la longueur en bouche, ou persistance aromatique, mesurée en caudalies, une caudalie valant une seconde. Un vin court s'efface presque aussitôt, un vin de garde peut tenir bien plus longtemps. Les mots qui décrivent chaque sensation sont réunis dans le vocabulaire du vin, des tanins aux caudalies.

Ce que la vigne et la cave laissent dans le verre

Ce que l'on perçoit dans le verre découle de choix faits à la vigne et en cave. La fermentation alcoolique transforme le sucre du jus de raisin en éthanol et en dioxyde de carbone ; c'est elle qui donne au vin sa charpente. La fermentation malolactique, presque systématique pour les rouges et choisie pour une partie des blancs, convertit l'acide malique, vif, en acide lactique, plus doux : un chardonnay qui l'a faite paraît plus rond, avec parfois une note beurrée. L'élevage en fût apporte des notes de vanille, de toasté ou de fumé, et ses propres tanins.

Le cépage et le climat pèsent autant. Un pinot noir de Bourgogne donne un vin rouge à la robe claire, au fruit rouge précis et aux tanins fins ; un assemblage bordelais de merlot et de cabernet sauvignon offre une teinte plus sombre et une structure plus ferme. Comparer un Bordeaux et un Bourgogne d'un même millésime reste un exercice très parlant pour un débutant. En Côte de Nuits, un grand cru comme le Chambertin et un vin de village voisin, issus du même pinot noir, montrent combien le terroir change la nuance d'une cuvée. Le vin jaune du Jura, issu du savagnin, élevé longuement sous un voile de levures et commercialisé au plus tôt six ans et trois mois après la vendange, montre jusqu'où l'élevage transforme un vin : noix, curry, épices, une oxydation maîtrisée qui surprend dès le premier nez.

Le potentiel de garde se lit lui aussi à la dégustation : une acidité nette, des tanins présents mais mûrs et une bonne concentration annoncent un vin capable de vieillir, alors qu'un vin déjà souple et ouvert se boit plutôt jeune. La mise en bouteille fige ce potentiel, la cave fait le reste.

Verre, lumière, crachoir : préparer le poste de dégustation

Le verre de dégustation de référence est le verre INAO, repris par la norme internationale ISO 3591 : une tulipe sur pied dont le buvant se resserre pour concentrer les odeurs. Pour choisir un verre à la maison : n'importe quel verre à pied, fin, incolore et en forme de tulipe convient ; on le remplit au tiers environ, pour garder la place de faire tourner le vin dans le verre sans le renverser.

La température de service modifie la perception d'un même vin : servi trop froid, il paraît fermé ; trop chaud, il laisse ressortir l'alcool. Les interprofessions publient leurs fourchettes, résumées ci-dessous avec ce que chaque type de vin donne à observer.

Type de vinTempérature de serviceSourceCe que l'on observe surtout
Champagne8 à 10 °CComité Champagnefinesse et tenue de la bulle, fraîcheur en bouche
Blanc sec vif10 à 12 °CBIVBacidité, arômes de fruits et de fleurs, minéralité
Rouge16 à 18 °CCIVBtanins, équilibre, longueur

Les cas particuliers, et les moyens de rafraîchir ou de tempérer une bouteille, sont détaillés dans la température de service type par type. La pièce compte autant : pas d'odeur de cuisine, de tabac ou de parfum, pas de dentifrice juste avant, de l'eau plate et du pain neutre sur la table.

Le crachoir équipe chaque poste de dégustation normalisé décrit par l'OIV ; les modèles de crachoir, collectifs ou individuels servent aussi bien en salon qu'à la maison. Pour goûter sans connaître l'étiquette, une housse qui masque la bouteille oblige à se fier à ses sens plutôt qu'à la réputation du domaine. Tire-bouchon, thermomètre et bouchon hermétique complètent l'équipement, et un coffret sommelier pour amateur réunit souvent ces outils de service.

Apprendre à déguster : cours d'œnologie et écoles du vin

L'œnologie est la science du vin, de la vigne à la bouteille ; dans le langage courant, le mot désigne aussi l'apprentissage de la dégustation. Un cours d'œnologie pour débutants commence presque toujours par les arômes : on sent des flacons d'odeurs de référence, fruits, fleurs ou épices, avant de les retrouver dans le vin. Viennent ensuite les saveurs de base, l'acidité, l'amertume et le sucre, puis la lecture des tanins. La méthode vaut aussi pour les spiritueux, cognac ou whisky, avec un verre plus petit et un nez plus prudent.

Plusieurs structures proposent des formations reconnues. L'École du vin de Bordeaux, rattachée au CIVB, propose des ateliers d'initiation et des cours plus longs ; l'École des vins de Bourgogne, portée par le BIVB, fait de même pour les vins de Bourgogne ; l'Institut des sciences de la vigne et du vin de l'université de Bordeaux délivre le DUAD, diplôme universitaire d'aptitude à la dégustation. Le WSET, organisme britannique, décline ses niveaux en français dans plusieurs villes. À Paris, des lieux comme les Caves du Louvre ont fait de l'atelier de dégustation une activité à part entière ; ailleurs, la visite de cave d'un domaine viticole, dans le vignoble et avec le vigneron, reste la manière la plus directe de découvrir comment un vin se construit.

Tenir une fiche pour chaque vin goûté

Une fiche de dégustation transforme une impression en repère réutilisable. Elle tient en quelques lignes, un critère par ligne, du verre à la bouche :

  • l'identité du vin : appellation, domaine, millésime, cépage si l'étiquette le donne ;
  • l'œil : couleur, intensité, limpidité, reflets ;
  • le nez : intensité, trois arômes au plus, défaut éventuel ;
  • la bouche : attaque, acidité, tanins, alcool perçu, longueur en caudalies ;
  • la conclusion : équilibre, âge apparent, plat envisagé, envie de racheter ou non.

La progression la plus efficace consiste à goûter deux vins à la fois, d'abord très éloignés, un vin vif et un rouge tannique, puis de plus en plus proches, deux pinots noirs de deux villages voisins. Au fil des fiches, les écarts deviennent lisibles et le vocabulaire se précise : on apprend à apprécier un style plutôt qu'à juger un vin bon ou mauvais.

Accords mets et vins : prolonger la dégustation à table

Un plat modifie la perception d'un vin, et inversement. Le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux décrit deux logiques, l'analogie (riche avec riche) et le contraste, dont l'exemple classique est un liquoreux face à un fromage persillé. L'acidité d'un vin coupe le gras, le sel adoucit l'impression de tanins, le sucre d'un dessert rend un vin sec plus âpre. Les accords mets et vins par famille de plats et par région sont détaillés dans jouer l'harmonie ou le contraste avec le plat.

Une séance de dégustation entre amis se prépare comme un cours : un thème (une région, un cépage, un millésime), un nombre limité de vins, un ordre du plus léger au plus structuré et du sec au moelleux, de l'eau, du pain et des crachoirs. La marche à suivre pour préparer la séance chez soi, du thème au service évite les oublis les plus courants.

Déguster sans boire : crachoir, eau et repères de santé

Déguster n'oblige pas à avaler. Les professionnels crachent presque chaque gorgée, ce qui leur permet d'enchaîner les échantillons d'un concours en gardant un jugement net ; l'amateur gagne à faire de même dès le troisième ou le quatrième vin. Boire de l'eau entre deux vins, manger un morceau de pain et ne pas prendre le volant à l'issue d'une séance font partie des règles de base. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé : la mention figure sur les publicités pour les boissons alcoolisées en France, et elle vaut aussi autour d'une table de dégustation. Pendant la grossesse, la recommandation de Santé publique France est de ne pas boire du tout.

Une personne qui peine à limiter sa consommation, ou qui remarque que les séances de dégustation deviennent une habitude quotidienne, peut en parler à son médecin traitant ou appeler Alcool Info Service au 0 980 980 930, service anonyme.

Ordre des vins, nez fermé, temps en bouche : trois points de méthode

Faut-il goûter les vins blancs avant les rouges ?

Souvent, puisque l'on sert du plus léger au plus puissant : les blancs secs passent en général avant les rouges, et les vins doux en dernier. Un blanc ample et boisé peut toutefois suivre un rouge léger, car c'est la structure du vin qui décide de l'ordre, pas sa couleur.

Pourquoi un vin semble-t-il ne rien sentir ?

Un vin qui ne sent presque rien est le plus souvent servi trop froid ou encore fermé. Le laisser se réchauffer quelques minutes dans le verre, le faire tourner ou l'aérer en carafe libère ses arômes ; s'il reste muet, il s'agit parfois d'un défaut discret de bouchon.

Combien de temps garder le vin en bouche ?

Quelques secondes suffisent pour percevoir l'attaque, l'équilibre et la texture ; le vin peut ensuite être recraché, et la longueur se mesure une fois la bouche vide, en comptant les secondes pendant lesquelles les arômes persistent.

Sources : BIVB et École des vins de Bourgogne, fiche « Les techniques de dégustation » et page « Définir la bonne température de service » ; CIVB, « Tout un art : comment bien servir le vin en 10 leçons », leçons 5, 7 et 8 ; Comité Champagne, fiche « Le service du champagne » (août 2026) ; OIV, « Document sur l'analyse sensorielle du vin » (mars 2016).

Parcourir la rubrique : 7 articles

En ligne depuis le - Dernière révision :

↑